Plaidoyer pour un commerce équitable de la viande et du lait Français



Exceptionnellement, compte tenu de la gravité de la situation des éleveurs, je me permets un billet d'opinion. Je donne ici mon sentiment en tant que consommateur, et je ne prétends pas détenir une vérité universelle.

Dans les magasins d’alimentation, il y a des rayons dédiés au commerce équitable. On y trouve du chocolat, du sucre, du café et d’autres denrées cultivées et transformées à l’autre bout du monde, à des prix qui permettent aux producteurs concernés de gagner correctement leur vie. Et c’est très bien ! 

Mais quand on passe dans les rayons des viandes et produits laitiers, on achète souvent des aliments à des prix qui ne permettent pas aux éleveurs de vivre décemment de leur travail. Pour rogner quelques centimes d’euros par litre de lait, et quelques dizaines de centimes par kilo de viande, on asphyxie les petits producteurs en les maintenant dans une situation où ils sont obligés de renoncer à tout bénéfice, voire de vendre à perte jusqu’à ce que, gagnés par le désespoir, exsangues, ils renoncent à leur activité et vendent leurs exploitations à de plus grosses structures, qui elles-mêmes seront bientôt dans la même situation.

Avec cette politique du chiffre et de la productivité, ceux qui se lèvent tôt chaque matin pour travailler de leurs mains ne sont que des ressources qu’on exploite jusqu’à épuisement.

Les prix baissent. Les éleveurs, dont les marges s’écroulent, sont incités à augmenter leur production pour faire baisser les coûts et récupérer un peu de marge, mais cette augmentation de production entraîne une baisse des prix de vente et les marges dévissent à nouveau. Cette course en avant éradique les exploitations à dimension humaine et transforme toujours plus de régions rurales en zones dédiées à la production intensive et à l’élevage concentrationnaire où les animaux sont enfermés et entassés, ce qui implique l’utilisation de produits chimiques, de médicaments et d’aliments industriels.

Il faudrait donc créer un label de commerce équitable pour la viande et les produits laitiers, qui garantirait simplement que les producteurs concernés soient rémunérés au juste prix de leur travail. Si on le fait pour des produits venant de l’autre bout du monde, pourquoi ne pas le faire aussi pour nos productions locales ? Cela mettrait devant leurs responsabilités tous les acteurs de la chaîne de transformation et de distribution, incluant les consommateurs. Nous vivons dans une démocratie de consommation dans laquelle les citoyens qui en ont les moyens votent aussi en faisant leurs courses. Notre pouvoir d'achat nous donne les moyens de construire l'avenir de notre société et à cet égard nous avons une responsabilité proportionnelle à notre aisance financière (si applicable).

Je crois que les enjeux dépassent très largement le cadre de l’élevage ou de l’agriculture, ou même celui de la vie rurale. Le dogme de la productivité à tout prix, des objectifs chiffrés, de l’exploitation « scientifique » de toutes les formes de ressources, y compris humaines, gagne toutes les strates de la société. Il entraine la souffrance au travail de beaucoup de gens, et pour beaucoup d’autres la souffrance de ne pas avoir la possibilité de travailler ou de ne pas pouvoir vivre de leur travail.

Commentaires

  1. s'abstenir de faire ses achats dans le 'GRAND'magasin !

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  2. On pourrait aussi aller acheter sa viande ailleurs que dans un grand magasin : chez un boucher, sur un marché, à un producteur, dans une AMAP. C'est ce que je fais : j'en mange poins souvent mais j'ai la satisfaction de me désolidariser de ce système inique.

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    1. Je suis arrivé à la même conclusion et je suis récemment passé de la théorie à la pratique :-).

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  3. Grande mangeuse de viande et de fruits, je privilégie toujours la qualité! Si c'est facile pour la viande - mon boucher vend de la viande locale - c'est moins facile pour les fruits! Je mange aussi des légumes, mais là, je peux aussi manger local. Cela dit, je comprends qu'une mère de famille privilégie une grande surface : tout est sur place, tout est moins cher. Le problème est moins chez le consommateur, que chez les distributeurs, qui font casser les prix. Mes grands-parents agriculteurs s'en plaignaient déjà... Aucun de leurs enfants n'a repris les exploitations! Et je le comprends!
    Merci pour cet article!

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    1. Oui, la marge de manœuvre d'une famille modeste est bien limitée par rapport à celle d'un célibataire gagnant décemment sa vie. Certain enfants n'ont pas droit à une nourriture vraiment saine et c'est une injustice.

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  4. Merci Olivier il faut le dire encore et encore car les médias au bout d'une semaine passe à autre chose, comme chaque sujet traité...
    Il ne devrait pas y avoir encore un label de plus (mon point de vue)pour le reste je suis d'accord avec toi.
    Ce qui m'agace c'est surtout Bruxelles qui impose trop de contraintes, de règles et par le fait les petites ferme ne survivent plus.
    Il faudrait vraiment redonner tous les moyens pour que chaque place de villages et de villes retrouvent son marché. Petite j'allais tous les mercredi avec ma mamie et nous tenions la semaine, nous trouvions de tout. Il y avait même le Mr qui vendait tous les ustensiles de cuisine dont le fameux coupe-frites qui me faisait rêver !
    Et là nous achèterions locale. Il n'y aurait pas d'intermédiaires pas de vente à perte et je me dis que ci j'étais agricultrice, je préférerais avoir un salarié qui vendrait sur les marchés du coin ma production que de vendre au Grosses enseignes. Ce retour en arrière n'est pas négatif car il n'a pas été correctement pensé et cela redonnerait du travail à bien des personnes. Les petites structures sont tellement plus humaines et surtout de très grandes qualités gustatives et sans MERDES chimiques...

    Désolée mais je dois rajouter qu'aujourd'hui nous sommes le 11 mars, il y a 5 ans au Japon le pire est arrivé...
    Le tsunami a été une dure épreuve mais les agriculteurs, pêcheurs, ostréiculteurs subiront encore bien pire pendant des décennies Fukushima...

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    1. Plus c'est gros, moins c'est humain, et l'administration Européenne est une très grosse machine...

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  5. bonne idée ! et comme toutes les bonnes idées si simple quel'on ne comprend pas pourquoi elle n'est pas déjà appliquée!

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    1. Peut être parce que créer un rayon de commerce équitable de produits français serait reconnaitre que dans les autres rayons du magasin, on exploite les producteurs ?

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  6. je partage totalement cet avis... c'est bien de s'occuper des producteurs de café d'Amérique du sud mais soignons aussi notre agriculture et notre élevage...
    il y a aussi une "dé-commercialisation " des villes en supprimant les possibilités de stationnement... très efficace pour inciter les acheteurs à choisir les zones périphériques avec moultes magasins alimentaires ou vestimentaires achalandés de produits bas de gamme ! nous sommes face à un choix de civilisation qu'on nous impose insidieusement

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    1. Et certains producteurs, peut-être atteints du syndrome de Stockholm, adhèrent à fond à ce système...

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  7. Le pouvoir est dans les mains , ou le porte monnaie , du consommateur.

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    1. Oui. Un petit truc tout bête que j'essaie de faire : ne pas acheter les produits des marques qui investissent des millions dans la publicité !

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  8. Pour ma part, mes légumes sont pour les 3/4 achetés sur le marché chez le jardinier du coin, à quelques km. Pour les fruits, j'essaie de n'acheter que les fruits de saison, si possible locaux, mais à cette saison, je n'ai pas beaucoup de choix. Quand à la viande, j'arrive à trouver de bonnes volailles ou lapin (excellent) chez un particulier et quand je peux la viande, je l'achète chez des bouchers qui se sont regroupés et vendent leur production locale. Bien sûr, ce n'est pas toujours possible.

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    1. Il y a près de chez moi un magasin de viande locale géré directement par les producteurs. Près des grandes villes, ce genre de structure fonctionne paradoxalement mieux qu'en pleine campagne.

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  9. Rien à rajouter...
    Je suis malade de devoir renoncer à mon panier de légumes bio local et solidaire hebdomadaire ...
    Pour la viande on essaye d'acheter local...

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    1. Oui, c'est qu'il en faut des légumes pour nourrir une famille. Une famille avec deux enfant consomme de l'ordre de 6000 kilos calories par jour. En bio, ça représente plus de 30 Euros...

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  10. c'est très juste votre article..merci; nous avons une cliente responsable du magasin artisans du monde de notre ville, par contre j'en connais d'autres qui militent pour les petits producteurs des pays en voie de développement mais qui ne viennent jamais dans notre magasin de producteurs, on m'a dit une fois du bout des lèvres,"c'est un peu cher", par contre ce sont certainement les mêmes qui se seront jetés sur les fraises proposées par les grandes surfaces cette semaine!

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    1. J'espère que ce magasin de producteurs fonctionne bien. Ce n'est pas évident de vendre de la viande au juste prix. Il faudrait sensibiliser le public in intervenant dans les écoles.

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