Chère voiture


L’actualité m’amène à réfléchir à l’importance des voitures dans ma vie et dans notre société. 

Je considère qu’utiliser une voiture à titre personnel ou familial, à dessein de loisir ou de commodité, hors usage professionnel, est un immense privilège. La voiture fait de nous des surhommes, capables d’une vitesse de déplacement et d’une capacité de transport très au-delà de ce que permet notre constitution biologique. Elle nous donne un niveau d’autonomie et de liberté qu’aucun de nos ancêtres n’a connu. Elle est devenue centrale dans la vie de millions de Français, et complètement incontournable dans toutes les zones rurales, où sa démocratisation a sonné le glas de la plupart des moyens de transports collectifs, notamment ferroviaires. Les plus beaux moments de ma vie sont totalement liés à l’autonomie que donne l’usage de l’automobile, depuis les parties de pêche à l’écrevisse et les week-ends à la campagne de mon enfance, avec la 2cv familiale, jusqu’à mes déplacements actuels par monts et par vaux à bord de ma Prius.

Un Français utilisateur régulier de voiture parcourt typiquement, dans sa vie, entre cinq cent mille et un million de kilomètres avec ce moyen de transport. Si on considère qu’en moyenne une voiture transporte un passager en plus de son conducteur, cela représente une consommation de plus de 30000 litres de carburant par personne.

Si les 7 milliards d’humains présents actuellement sur terre disposaient et usaient d’un tel privilège, ils consommeraient cumulativement, au cours de leurs vies, plus que la totalité des réserves de pétrole notre planète, et libèreraient dans l’atmosphère tout le carbone contenu dans ces carburants fossiles. Les générations futures, si applicable, ne pourront pas disposer massivement, loin s’en faut, d’une telle liberté de déplacement, même avec le développement des énergies renouvelables, car les techniques de production et de stockage de l’électricité « verte » mobilisent beaucoup de ressources rares et non renouvelables. Évidemment, des découvertes scientifiques majeures pourraient changer la donne, mais cela reste hypothétique.

Alors faut-il se sentir coupable d’utiliser une voiture de manière soutenue et régulière ? Le problème, c’est que les alternatives ne sont vraiment pas à la hauteur. A la campagne, les transports en communs sont indigents, tandis que dans les grandes villes, aux heures de pointe, ils imposent aux usagers des conditions de déplacement tellement éprouvantes qu’elles ne seraient pas tolérées pour des animaux. Rien qu’à Dijon, où l’on est loin de l’horreur parisienne, il me faudrait chaque jour, pour me rendre à mon travail en utilisant les transports en communs, deux heures de plus qu’en voiture. Et certains jours je devrais choisir entre voyager dans des wagons de tram où la concentration humaine est telle qu’on peut à peine bouger (à savoir de l’ordre de 5 passagers par mètre carré) ou bien partir de chez moi deux heures avant ma prise de fonction. Et dans certaines plus grandes villes, des gens cumulent les deux inconvénients : ils doivent partir deux heures avant leur prise de fonction et subir des conditions de transport concentrationnaires.

Aux moments où le plus grand nombre d’utilisateurs ont besoin de se déplacer, les transports en communs urbains ne sont pas du tout dimensionnés pour que je les considère comme une option qui respecte la dignité humaine. Avant de demander aux gens de réduire leurs trajets en voitures, pour des raisons par ailleurs très louables, il faut leur donner des alternatives acceptables. Sinon, ils vont considérer l’augmentation des taxes liées à l’usage de l’automobile comme une punition, et lorsque cela s’inscrit dans une suite de mesures très impopulaires, il y a un vrai risque qu’en retour, un grand nombre de citoyens soient tentés par un vote sanction lors des prochaines élections stratégiques. A terme, cela peut menacer la démocratie et les libertés individuelles.

Commentaires

  1. En 2000-2002 il était plus rentable de prendre les bus que la voiture à Dijon pour l'étudiante que j'étais mais je bénissais les jours de grève où pour me rendre en cours je mettais 10min en voiture contre 50min et 1 changement en bus !!!

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    1. Le rapport de temps est à peu près le même que pour moi. Le temps perdu dans les transport peut être énorme.

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  2. quand dans les villages il n'y a plus de services ni de boulangerie qu'il faut faire 9 km pour trouver de l'alimentation... la voiture n'est pas un luxe mais indispensable, l'écologie "punitive" risque gros de devenir écologie impopulaire surtout devant les arguments fallacieux qui sont imposés à grand coup de soi disant "pédagogie" et de mépris de la ruralité bien sure ignorante

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    1. Oui, dans ces villages, la vie s'articule autour de la voiture.

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  3. Le gros problème, c'est le manque de possibilités alternatives, quand les trains se font rares, les bus pas assez nombreux, etc ...........on ne peut plus vivre comme au moyen-âge !

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    1. Surtout si on nous demande d'être de plus en plus performant, efficace, notamment dans notre activité professionnelle.

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  4. le diesel , juste la goutte de trop dans un système vécu comme injuste .
    je suis attentive à l'écologie mais je refuse de me sentir coupable d'utiliser un véhicule diesel , qu'ils fassent des voitures propres et abordables. Par contre je prend mon vélo chaque fois que je peux pour les petits déplacements.

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  5. Cette voiture sur ta photo est sublime! Et ici, en Alberta, on a des énormes protestations et manifestations parce que le coût du pétrole est trop bas et c'est mauvais pour notre économie! Et bien sûr, le gouvernement ne fait pratiquement rien pour améliorer les transports en commun parce que ça irait à l'encontre de l'individualisme et du consumérisme qui sont si importants pour notre économie! Ironique, n'est-ce pas?

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    1. En plus chez vous les distances sont tout de suite plus grandes. Avec ma voiture, ça m'arrive deux fois par an en moyenne de parcourir plus de 100km dans une journée.

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  6. Assez d'accord avec cette présentation de la problématique. Il est aussi remarquable de constater que les normes imposées aux constructeurs automobiles en termes de rejets ont été assouplies, alors que précédemment, elles n'étaient pas respectées alors que tout le monde savait très bien qu'elles ne l'étaient pas (on a fait semblant de s'en apercevoir). Voilà ce qui arrive quand on fait bêtement confiance à l'autocontrôle des industriels sans des contrôles rigoureux et indépendants. En termes de contrôles environnementaux (entre autres), il y a bien d'autres scandales à prévoir, mais quand on fait semblant de ne pas savoir...
    Pour les transports collectifs parisiens, c'est vrai que c'est parfois terrible en termes de stress. J'y étais deux jours la semaine dernière : parfois serré, mais dans l'ensemble ça passait ; cela a été moins vrai pour un collègue qui a dû attendre la cinquième rame de RER pour pouvoir monter : abominable.

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    1. Je suis justement passé à Paris hier et sur le transit en métro entre la gare Montparnasse et la gare de Lyon, on étaient tellement serrés que je ne pouvais même pas regarder l'heure sur ma montre. Certains voyageurs en avaient des fous rires, mais ce n'était pas mon cas, vraiment pas. J'étais révolté.

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